Le virage CSA de la Finca
Jacob, Jérémy, Mahamadou et Juan
Rencontre avec Jérémy Verhelst
La Finca est une exploitation maraîchère bio de 4,3 hectares, active depuis 2012, à Wezembeek-Oppem. Son gérant, Jérémy Verhelst, a trouvé dans le modèle CSA la stabilité économique et la sérénité qu’il cherchait. Il raconte.
Au départ : une grande diversification
La Finca (qui signifie « la ferme » en espagnol), un nom choisi par Jérémy et sa compagne Sarah lorsque le couple vivait encore en Colombie, reposait à ses débuts sur un modèle classique : lui à la production, elle en boutique sur la Chaussée de Malines. Le magasin permettait de sentir les ventes en temps réel et d’ajuster les volumes à produire. Puis la ferme a grandi et a diversifié ses canaux de vente : livraisons, paniers bio, brunchs, dimanches d’auto-cueillette en été. L’équipe est montée à dix employé·e·s, un deuxième magasin a ouvert, Sarah est devenue gérante du restaurant de la Finca.
« C’était L’Auberge des Maieurs by La Finca, dans une idée de ‘Farm to Fork’ [de la ferme à la table]. On a tenu ce resto pendant 6 ans et on a produit presque tous les légumes qui étaient à la carte. C’était une super expérience mais elle nous imposait un rythme de vie extrême. »
Puis le covid est arrivé, suivi de la crise du Bio. Les frais fixes restaient élevés, les rentrées ne suivaient plus. La Finca était en difficulté.
Se réinventer pour redémarrer
La réorientation a été radicale : arrêt des magasins, des livraisons, de l’auto-cueillette du dimanche. Jérémy a repris « le maximum qu’il pouvait faire seul. » Il a conservé le CSA qu’une collègue, Charlotte, avait lancé sur une partie du terrain avec 100 membres – la Finquita, « le petit CSA » – et a décidé d’en faire le seul et unique canal de vente de la ferme.
Cinq ans plus tard, la Finquita compte 330 abonné·e·s et toute la parcelle lui est dédiée !
« Je fais moins de chiffre d’affaires qu’avant, mais je gagne mieux ma vie et j’ai de quoi investir. » Jérémy a d’ailleurs récemment acheté un Romanesco, un enjambeur électrique modulaire acquis à Saint-Malo (le premier arrivé en Belgique !), signe que la trésorerie se porte bien.
Ce que le CSA a apporté
Le passage au CSA a généré un gain de temps significatif, qui s’est traduit par une meilleure rémunération horaire, une baisse du stress et une amélioration de la qualité de vie.
Moins de temps sur la vente et l’administratif. La souscription des abonnements se fait en mars, une fois par an. « J’aime être producteur, et moins être vendeur. La recherche de clientèle se fait une fois par an. Plus besoin de parler d’argent à d’autres moments. »
Moins de temps sur la récolte. L’autocueillette transfère une partie du travail aux membres eux·elles-mêmes. Ce seul poste représentait auparavant 40 % du temps de travail de Jérémy. Aujourd’hui, il se concentre sur la plantation, l’entretien, la gestion de l’équipe et la communication. Il est libre le week-end !
Une équipe réduite à l’essentiel. Jérémy assure la coordination, épaulé d’un saisonnier et de deux stagiaires, un ingénieur agronome et un stagiaire du CRABE.
Ce temps dégagé lui permet de consacrer un jour par semaine à des activités complémentaires, notamment des stages pour enfants pendant les vacances scolaires (160 € par enfant, à partir de 5 ans). Là aussi, Jérémy a simplifié : un partenariat avec une ASBL couvre le volet administratif, les animateur·rice·s et la gestion des paiements, tandis que lui assure l’accueil, met les lieux à disposition et définit le programme.
Comment fonctionne l’abonnement ?
Abonnement légumes, petits fruits et herbes aromatiques : 475 €/an par équivalent adulte. Toute la famille doit être inscrite (peu importe que certains mangent moins de légumes que d’autres), selon des règles claires : un enfant compte pour 1/18e d’abonnement multiplié par son âge, la garde alternée se calcule au prorata, et un enfant en kot bénéficie d’une réduction de 30 %. Si la composition du ménage change en cours d’année, le montant s’adapte. « Mon conseil : éviter les exceptions pour ne pas se perdre, et être clair. »
La souscription ouvre en mars et l’accès au champ commence début avril, sept jours sur sept.
Les clés de la réussite
Au-delà du modèle économique, plusieurs conditions déterminent la réussite d’un CSA en auto-cueillette. Pour Jérémy, ces éléments sont importants : avoir une parcelle suffisamment grande pour dégager des économies d’échelle, simplifier son plan de culture pour rester maîtrisable avec une petite équipe, et investir dans la mécanisation.
La fidélité des membres se construit aussi dans la durée. Pour qu’ils renouvellent leur abonnement, encore faut-il qu’ils aient vécu une belle saison : une offre généreuse, de l’abondance sur le champ, le plaisir de revenir récolter régulièrement. En hiver, la fréquentation baisse naturellement, mais le champ n’est pas vide : verdures, poireaux, pommes de terre, choux (dont des choux de Bruxelles), panais, topinambours, céleri-raves attendent les membres.
Une bonne communication contribue également à la rétention. La Finca se trouve à Wezembeek-Oppem, dans un quartier où cohabitent francophones, néerlandophones et anglophones travaillant dans les institutions européennes. Jérémy communique dans les trois langues via une newsletter. À l’entrée, des panneaux indiquent ce qu’on peut récolter : jaune signifie que c’est disponible, rouge signale une surabondance et invite à prendre généreusement. En début de saison, une soirée d’accueil est organisée pour les nouveaux et nouvelles membres (visite du champ, initiation à la récolte, échanges avec les membres expérimentés) et Jérémy veille à avoir au moins un contact direct avec chacun·e.

En avril, c'est le début d'une nouvelle saison de CSA !

Le drapeau est jaune = on peut se servir !
Des défis ?
Tout l’argent arrive en mars, cela implique de gérer les dépenses (les salaires essentiellement) sur toute l’année. « Il faut dépenser doucement. » L’autre ajustement est plus personnel : il faut accepter d’avoir une ferme ouverte. « Il faut être prêt à ne plus jamais être seul·e au champ. Mais il n’y a jamais 50 personnes qui arrivent en même temps. »
Est-ce que le CSA en auto-cueillette peut fonctionner ailleurs ?
Selon Jérémy, oui, clairement. Le CSA Netwerk regroupe aujourd’hui des exploitations dans des contextes très variés, bien au-delà des « beaux » quartiers de Bruxelles. « Pour moi, ceux et celles qui consomment bio sont souvent motivé·e·s à s’engager. Soutenir en one shot en magasin, c’est bien. Mais en CSA, c’est un vrai soutien. Le·la consommateur·rice ne peut pas mieux faire. Celui ou celle qui veut vraiment s’engager, le fait ! »
Autrice : Audrey Warny
