Filière légumes bio en Région wallonne : analyse de l’évolution 2024–2025
Infographie récapitulative
| 93 producteurs ont arrêté de faire des légumes bio | 369 producteurs ont continué à produire des légumes bio | 55 producteurs se sont lancés dans les légumes bio | Perte nette de 38 producteurs |
| Ils représentaient 322 hectares de légumes bio | Ils ont cultivé 84,75 ha de légumes en moins qu’en 2024 | Ils ont lancé 223,2 nouveaux hectares de légumes bio | Perte nette de 183,55 ha de légumes |
Un recul notable, mais à nuancer…
Entre 2024 et 2025, la filière légumes bio wallonne accuse un recul: 38 producteurs de légumes de moins et 183,55 ha de surface de légumes perdus. Ces chiffres, pris isolément, pourraient donner l’impression d’une filière en crise. L’analyse des données révèle pourtant une réalité plus contrastée.
Retour sur les arrêts
Le petit maraichage, victime d’une année 2024 difficile
La campagne 2024 a été particulièrement éprouvante pour les maraîchers bio wallons : une pluviométrie excessive, une charge de travail culturale hors norme et des marges comprimées. Ce contexte s’est traduit par une érosion nette des petits producteurs. Parmi les 93 producteurs bio qui ont totalement abandonné les légumes en 2025 – contre 55 l’année précédente – 46 avaient moins d’un hectare, 19 entre 1 et 3 ha, et 22 entre 3 et 10 ha.
| Quel type d’exploitation maraichère avaient les producteurs qui ont arrêté les légumes en 2025 ? | |
| Nbre de producteur entre 0,01 et 1 ha | 46 |
| Nbre de producteur entre 1,01 et 3 ha | 19 |
| Nbre de producteur entre 3,01 et 10 ha | 22 |
| Nbre de producteur entre 10,1 et 20 ha | 5 |
| Nbre de producteur entre 20,1 et 50 ha | 0 |
| Nbre de producteur > 50 ha | 1 |
| Total | 93 |
Que peut-on dire de ces 93 producteurs qui ont arrêté de produire des légumes ?
Deux choses :
1) 52 d’entre eux (56%) ont à la fois arrêté complètement les légumes bio ET réduit leur surface végétale totale bio. Ce sont les cas les plus sévères, ceux qui se désengagent globalement de la production. Lorsqu’on examine la taille de leur surface maraîchère avant l’arrêt, le constat est celui-ci : 25 d’entre eux (48%) avaient moins d’un hectare de légumes, 10 entre 1 et 3 ha, et 12 entre 3 et 10 ha. En cumulant les trois premières tranches, ce sont 90% des cas les plus sévères qui concernent des exploitations de moins de 10 ha.
| Ventilation des 52 producteurs par tranche de superficie | |
| Nbre de producteur entre 0,01 et 1 ha | 25 |
| Nbre de producteur entre 1,01 et 3 ha | 10 |
| Nbre de producteur entre 3,01 et 10 ha | 12 |
| Nbre de producteur entre 10,1 et 20 ha | 4 |
| Nbre de producteur entre 20,1 et 50 ha | 0 |
| Nbre de producteur > 50 ha | 1 |
2) 41 des 93 producteurs (44%) qui ont arrêté les légumes ont maintenu ou augmenté leur production végétale primaire bio total, en opérant des rotation ou réorientation. Ils ont remplacé les légumes par d’autres cultures végétales, grandes cultures ou prairies. Leur ventilation par tranche de superficie confirme là encore la surreprésentation des petites structures : 21 avaient moins d’un hectare de légumes, 9 entre 1 et 3 ha, et 10 entre 3 et 10 ha, soit 98% des cas concentrés sous les 10 ha.
| Ventilation des 41 producteurs par tranche de superficie | |
| Nbre de producteur entre 0,01 et 1 ha | 21 |
| Nbre de producteur entre 1,01 et 3 ha | 9 |
| Nbre de producteur entre 3,01 et 10 ha | 10 |
| Nbre de producteur entre 10,1 et 20 ha | 1 |
| Nbre de producteur entre 20,1 et 50 ha | 0 |
| Nbre de producteur > 50 ha | 0 |
Des démarrages…
En contrepoint des sorties, 55 producteurs se sont lancés dans la culture de légumes bio en 2025.
Parmi eux, 21 sont de vrais nouveaux entrants, sans aucun historique en maraichage bio en 2022, 2023 ou 2024. Les 34 restants sont des retours, c’est-à-dire des producteurs qui avaient déjà pratiqué le maraîchage par le passé et le reprennent en 2025.
On distingue deux profils chez ces 55 producteurs :
1) 40 « motivés » qui ont non seulement démarré les légumes mais ont également augmenté leur surface végétale globale: un signal d’engagement d’expansion de l’activité bio ! Parmi eux, on trouve certes une majorité de petites structures (22 ont moins d’un hectare), mais aussi 6 exploitations de plus de 10 ha, ce qui témoigne d’un intérêt pour le maraîchage bio à une échelle significative.
| Analyse pour les 40 « motivés » par le bio : | |
| Nbre de producteur |e| 0,01 et 1 ha | 22 |
| Nbre de producteur |e| 1,01 et 3 ha | 7 |
| Nbre de producteur |e| 3,01 et 10 ha | 5 |
| Nbre de producteur |e| 10,1 et 20 ha | 4 |
| Nbre de producteur |e| 20,1 et 50 ha | 2 |
| Nbre de producteur > 50 ha | 0 |
2) Les 15 restants se sont lancés dans les légumes à la place d’autres cultures, donc sans agrandir leur activité globale bio.
| Analyse pour les 15 | |
| Nbre de producteur |e| 0,01 et 1 ha | 5 |
| Nbre de producteur |e| 1,01 et 3 ha | 4 |
| Nbre de producteur |e| 3,01 et 10 ha | 5 |
| Nbre de producteur |e| 10,1 et 20 ha | 1 |
| Nbre de producteur |e| 20,1 et 50 ha | 0 |
| Nbre de producteur > 50 ha | 0 |
Mouvements chez les producteurs préexistants
Parmi les 369 producteurs qui ont maintenu leur activité maraîchère entre 2024 et 2025, la dynamique est globalement rassurante. Ces 369 producteurs historiques n’ont perdu au total que 84,75 ha (ce qui est très faible), soit moins de 0,23 ha en moyenne par exploitation, malgré une année 2024 difficile.
Ce qu’on observe : un peu plus d’un tiers (141, soit 38%) ont augmenté leurs surfaces en légumes bio, un tiers (124, soit 34%) les ont réduites, et un peu moins d’un tiers (104, soit 28%) sont restés exactement stables.
Que peut-on dire de leurs profils ?
Une lecture en valeur absolue masque les disparités entre types d’exploitation. Pour apprécier ces mouvements à leur juste mesure, il convient de les rapporter à la part que chaque type d’exploitation représente dans la filière.
1. La stabilité disparait complètement au-dessus de 3 ha. Les moyens et grands maraichers ont tous opérés des changements ! C’est logique en y réfléchissant : plus la surface est grande, plus il est difficile de rester exactement au même niveau d’une année à l’autre.
2. La réduction domine nettement à partir de 10 ha. Les réductions sont, en effet, proportionnellement plus présentes chez les grandes exploitations, qui ont sans doute arbitré en défaveur des légumes après une année peu rémunératrice.
3. L’augmentation est présente dans toutes les tranches, avec un pic à 49% pour les 3–10 ha, un signal positif que l’engagement dans le maraîchage bio ne se limite pas aux petites structures.
| Nbre total de producteurs préexistants | Ont augmenté | Ont réduit | Sont restés stables | ||||
| Nbre | en % | Nbre | en % | Nbre | en % | ||
| Nbre de producteur |e| 0,01 et 1 ha | 175 | 56 | 32% | 38 | 22% | 81 | 46% |
| Nbre de producteur |e| 1,01 et 3 ha | 77 | 31 | 40% | 23 | 30% | 23 | 30% |
| Nbre de producteur |e| 3,01 et 10 ha | 63 | 31 | 49% | 32 | 51% | 0 | 0% |
| Nbre de producteur |e| 10,1 et 20 ha | 21 | 8 | 38% | 13 | 62% | 0 | 0% |
| Nbre de producteur |e| 20,1 et 50 ha | 24 | 11 | 46% | 13 | 54% | 0 | 0% |
| Nbre de producteur > 50 ha | 9 | 4 | 44% | 5 | 56% | 0 | 0% |
| Total | 369 | 141 | 38% | 124 | 34% | 104 | 28% |
Conclusion
Les chiffres 2025 pour la filière des légumes bio sont interloquants : on constate la perte nette de 38 producteurs et de 183,55 ha.
En réalité, il y a eu 93 abandons, dont 70% (65 producteurs) cultivaient moins de 3ha de légumes bio. Est-ce un désengagement massif des petites maraichers ? A nuancer ! C’est bien eux qui arrêtent le plus les légumes, et 56% d’entre eux opèrent un recul de leur activité global bio, mais les 44% restant réorientent leur activité vers d’autres productions végétales bio, suggérant un arbitrage pragmatique face à une année 2024 difficile plutôt qu’un découragement vis-à-vis du bio.
Ces abandons ont été compensés par l’arrivée de 55 nouveaux entrants dans la filière légumes, pour aboutir à une perte nette de 38 producteurs. La qualité des entrées est encourageante : une majorité d’entre eux sont dans une dynamique de croissance du bio (c’est-à-dire qu’ils ont aussi augmenté en 2025 leurs surfaces de production végétale bio totale), suggérant un intérêt réel et assumé pour le maraîchage bio malgré le contexte difficile de 2024.
La perte nette totale de 183,55 ha est donc principalement portée par les arrêts (322 ha), partiellement compensée par les nouveaux entrants (223,2 ha), et aggravée marginalement par la légère contraction des producteurs qui continuent (84,75 ha). En effet, ce dernier chiffre est finalement très faible rapporté aux 369 producteurs qui ont maintenu une activité maraîchère entre 2024 et 2025 : ça représente moins de 0,23 ha de perte en moyenne par exploitant.
Chez les producteurs historiques, les évolutions se répartissent en trois tiers presque égaux : réduction, stabilité et augmentation. La réduction concerne surtout les grandes exploitations, la stabilité est l’apanage des petites structures, et l’augmentation, elle, traverse toutes les tailles d’exploitation.
Autrice : Audrey Warny