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Evolution des prix des légumes bio

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Suite à une question posée par une productrice – « Comment évoluent les prix des légumes bio et des légumes conventionnels dans la grande distribution ? » – Biowallonie a analysé ses dernières données de mercuriale. Le résultat est sans ambiguïté : en un an, l’écart de prix entre bio et conventionnel s’est fortement creusé !


Méthodologie

Quelle source de données ?

Pour répondre à cette question, on s’appuie sur les données accumulées des dernières mercuriales de prix des fruits et légumes bio, un outil lancé par Biowallonie fin 2023. Trois types de prix sont mobilisés dans cet article :

  • Prix de la grande distribution (TVAC) relevés sur les sites e-commerce de Delhaize, Carrefour, Colruyt et Bioplanet pour le bio ; de Delhaize, Carrefour et Colruyt pour le conventionnel.
  • Prix des grossistes bio belges pour la vente aux professionnels (HTVA) : quatre grossistes bio belges sont couverts.
  • Prix des maraîchers bio en vente directe aux consommateurs (TVAC).

 

Les relevés sont effectués lors de quatre semaines fixes, identiques d’une année à l’autre : semaine 24 (début juin, été), semaine 37 (début septembre, automne) et semaine 49 (fin novembre/début décembre, hiver).

Les prix des maraîchers sont fournis directement par les maraîchers eux-mêmes. Les prix relevés en grande distribution et chez les grossistes sont issus des propres relevés de Biowallonie.

Quelle approche adoptée pour répondre à cette question ?

La technique du « panier témoin » est utilisée : plutôt que de suivre un légume isolé, on calcule la valeur d’un panier composé de 27 références. Ce nombre correspond aux légumes pour lesquels on dispose de prix complets, c’est-à-dire renseignés à la fois en bio et en conventionnel, dans les trois circuits couverts (grande distribution, maraîchers et grossistes) en 2024 et 2025. Plus le panier est large, plus l’impact d’un légume individuel est lissé.

Ce panier comprend : ail sec, asperge verte, aubergine violette, betterave rouge crue, brocoli, carotte orange lavée, céleri-rave, chicon forcé, chou blanc, chou rouge, concombre, butternut, courgette verte, échalote, épinard, fenouil, laitue, oignon jaune, oignon rouge, patate douce, poireau, poivron vert, pomme de terre ferme, radis rouge, roquette, tomate cerise et tomate ronde grappe.

La valeur du panier correspond à la somme des prix relevés. Pour certains légumes, l’unité est systématiquement l’ €/kg (car leurs prix sont toujours exprimés au kilo), et pour d’autres, c’est l’ €/pièce (pour ceux dont il n’existe que des prix à l’unité). Elle ne prétend pas refléter les achats courants d’un ménage : il est rare qu’un consommateur achète ces 27 légumes différents en une seule fois, et dans de telle quantité.

L’objectif du panier témoin est donc de construire un indicateur de tendance, et non de représenter la réalité du caddie hebdomadaire.

Grande distribution : un écart bio/conventionnel qui bondit de 45% à 65%

En 2024, le panier bio coûtait en moyenne 45% de plus que son équivalent conventionnel en grande distribution. En 2025, cet écart atteint 65% ! Est-ce que cela veut dire pour autant que le bio est 20% plus cher qu’avant ? Non. Ce creusement résulte d’un effet ciseau : les prix bio ont augmenté de 7% (le panier de 152€ passe à 162€), tandis que les prix conventionnels ont reculé de quasiment 7% (il passe de 105€ à 98€). Les deux tendances jouent donc simultanément dans le sens d’un élargissement de l’écart, ce qui pénalise l’attractivité commerciale des légumes bio !

Ce que touchent les producteurs : une réalité très différentes

En complément des relevés en rayon, on a mené une petite enquête auprès d’une dizaine de producteurs bio wallons qui livrent la grande distribution pour voir comment leurs prix-producteurs ont évolué sur la même période.

Alors que les prix bio affichés en grande distribution ont augmenté de 7 %, les prix-producteurs, eux, sont restés globalement stables ou n’ont progressé que de 2 à 4 % selon les cultures, mais ces augmentations ne permettent pas toujours de couvrir l’augmentation des charges : mazout, main-d’œuvre, plants, semences, engrais.

Deux exemples concrets illustrent cette déconnexion :

  • Carotte bio : le prix consommateur en grande distribution était de 1,99€/kg en 2024, tandis que le prix-producteur était de 0,25€/kg TVAC. En 2025, il passe à 2,01€/kg pour le consommateur et à 0,27€/kg TVAC chez le producteur. Cela correspond à une légère hausse pour le producteur.
  • Oignon bio : un kilo d’oignon jaune bio coûtait au consommateur 2,18€/kg en 2024 alors que le producteur gagnait 0,27€/kg TVAC. En 2025, il passe à 2,31€ pour le consommateur, mais reste à 0,27€/kg TVAC chez le producteur. Là, statu quo pour le producteur.

Pour 2026, les perspectives communiquées par certains producteurs sont encore moins favorables : diminution de 10 % des prix à la production pour les patates douces et les pommes de terre bio, et une réduction des surfaces contractées a été annoncée pour les carottes et oignons bio.

Des évolutions contrastées selon les circuits

L’analyse par circuit montre que la hausse de 7 % observée en grande distribution est loin d’être représentative de l’ensemble du marché bio.

Pour les maraichers

Pour les maraîchers bio, l’évolution a été analysée auprès des 14 contributeurs qui ont participé en 2024 et 2025. La valeur du panier est passée de 160 € à 156 €, soit une baisse de 2 %. Une dynamique bien différente de celle observée en grande distribution.

Du côté des grossistes

Les quatre grossistes bio belges suivis – qui ne sont pas des centrales d’achat ni des conditionneurs de la grande distribution – affichent une hausse de 2 % entre 2024 et 2025, une évolution modérée, cohérente avec l’inflation générale.

Conclusion

La tendance observée entre 2024 et 2025 soulève plusieurs points. D’une part, un écart de 65 % entre bio et conventionnel en rayon constitue un frein réel à l’achat pour les consommateurs. Cela pèse sur l’attractivité commerciale des légumes bio.

De plus, la valeur créée par la hausse des prix bio en grande distribution ne semble pas redescendre jusqu’aux producteurs. La question de la répartition de la valeur dans la chaîne se pose.

D’autre part, la hausse des prix bio en grande distribution ne se vérifie pas dans les autres canaux. Les maraîchers en vente directe ont vu la valeur de leur panier reculer de 2 % sur la même période, tandis que les grossistes spécialisés bio n’affichent qu’une hausse modérée de 2%.


Autrice : Audrey Warny