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Les circuits-courts en Wallonie : où en sommes-nous ?

Les circuits-courts en Wallonie : où en sommes-nous ?

Depuis plusieurs années, les circuits courts ne cessent de se développer au sein du secteur agricole. Mais qu’entend-t-on par « circuits courts » ? La législation européenne considère que les chaines d’approvisionnement courtes impliquent un nombre limité d’opérateurs économiques, engagés dans la coopération, le développement économique local et des relations géographiques et sociales étroites entre les producteurs, les transformateurs et les consommateurs[1].

Cette définition comprend donc logiquement la vente directe d’un produit par son producteur au consommateur final (aucun intermédiaire) et les autres formes de circuits courts (où maximum un intermédiaire peut intervenir, voir plus d’un dans certains cas). La définition de la Région wallonne fixe l’intervention d’un seul intermédiaire maximum. Une typologie des différents types de circuits courts avait été réalisée en 2014 (voir Itinéraires Bio n°17). Le but de cet article n’est donc pas de détailler les différents modes de commercialisation en circuits courts mais bien de mettre en avant les avancées en Wallonie.

Les différentes formes de circuits courts

Selon le temps disponible, ses compétences, ses moyens financiers, la localisation de la ferme, l’envie de rencontrer le consommateur, d’apprendre un nouveau métier, … certaines formes sont plus adaptées à la situation d’un producteur.

Vente directe : Aucun intermédiaire entre le producteur et le consommateur
Vente à la ferme
  • Magasin à la ferme
  • Auto-cueillette
  • Restauration à la ferme
  • Évènement organisé à la ferme
  • Distributeur automatique de produits fermiers
Vente en dehors de la ferme
  • Marchés
  • Vente en bordure de route
  • Vente par livraison à domicile ou via des points relais
  • Vente sur internet
  • Vente dans des foires ou des salons
  • Vente dans un point de vente collectif
  • Vente à un Groupement d’Achats
Autre type de circuits courts : UN intermédiaire entre le producteur et le consommateur
  • Vente par un autre producteur
  • Vente à un magasin en direct
  • Vente à des collectivités ou à des restaurants en direct
  • Vente à une coopérative citoyenne de circuits courts
  • Vente via un réseau de promotion des produits du terroir
  • Vente via des sites de vente en ligne…

 

Pourquoi commercialiser en circuit court ?

Les +

Les –

Prix plus juste, meilleure maitrise des débouchés commerciaux, diversification de ses revenusBesoins de nouvelles compétences, d’apprendre un nouveau métier
IndépendanceCommunication indispensable (temps, compétences ou sous-traitance, investissement)
Création d’emplois sur la fermeDemande du temps
Rencontre avec le consommateur (fierté)Main d’œuvre supplémentaire
Meilleure considération du travail de producteur par le consommateurInfrastructures supplémentaires (de vente, de transformation…)
Création de valeur ajoutéeComptabilité plus compliquée
Diminution des emballages et de la distance parcourue par le produitGamme de produits plus large (diversification de la production, achats extérieurs…)
Redynamisation de l’économie locale

 

Quelles sont les tendances en termes de circuits courts ?

Malheureusement, très peu de statistiques sont disponibles sur le circuit court en Belgique. Mais voici quelques informations intéressantes.

Chez les consommateurs :

En 2017, une étude provenant de l’observatoire CBC[2], indiquait qu’un belge sur deux accordait de l’importance aux circuits courts pour s’alimenter. Les marchés sont l’endroit où les belges achètent le plus souvent leurs produits alimentaires en circuits courts (65 %). Suivent ensuite les fermes (38 %), les magasins de proximité (28 %) et les supermarchés (25 %). L’incitant majeur à acheter davantage en circuits courts est le prix pour 65 % des belges. Toutefois, les principales motivations à l’achat en circuits courts sont la santé (45 %), l’environnement (31 %) et la solidarité envers les producteurs (12 %). Au niveau des produits, les légumes (84 %), les fruits (83 %) et les pommes de terre (47 %) sont les produits les plus recherchés en circuits courts. Enfin, 63 % des belges parcourent moins de 5 km pour acheter leurs produits alimentaires en circuits courts. Les résultats de cette enquête sont à considérer avec précaution car aucune définition de « circuit court » n’est donnée. De plus, acheter au marché ne signifie pas toujours « circuit court ». Un marchand de fruits et légumes peut par exemple s’approvisionner uniquement chez un grossiste qui s’approvisionne lui-même chez les producteurs. On a donc dans ce cas deux intermédiaires et aucune certitude qu’il s’agisse de fruits et légumes issus d’une production locale. De même, l’enquête aborde seulement la distance parcourue par un consommateur pour acheter en circuits courts. Il est important de prendre en compte la distance totale parcourue par le produit du producteur au consommateur final.

Chez les producteurs :

Le SPF Economie établit chaque année les statistiques relatives au secteur agricole. Il en ressort que 1.105 exploitations agricoles wallonnes ont vendu en circuits courts en 2016, soit près d’une ferme sur 10. Parmi celles-ci, environ 85 % d’entre elles vendent leurs produits via un magasin à la ferme et 12 % au marché. Au sein du secteur bio belge, le nombre de producteurs qui vendent leurs produits en circuits courts est bien plus élevé : 44 % des agriculteurs bio (selon des chiffres de Bioforum Vlaanderen de 2013).

Le graphe ci-joint présente le pourcentage du chiffre d’affaire lié à la commercialisation en circuits courts parmi les 1.105 exploitations de l’enquête. Presque 20 % des exploitations ont plus que doublé leur chiffre d’affaire grâce à la commercialisation en circuit court et environ 10 % tirent l’entièreté de leur revenu de celle-ci[3]. Ces données restent toutefois très globales et il est difficile de tirer des conclusions. Aucune distinction n’est faite entre vente de produits bruts ou de produits transformés, s’il s’agit de produits issus du producteur ou d’autres producteurs, …

Source : Enquête agricole générale de 2016 du Service Public Fédéral Economies

En l’absence de données quantitatives, des grandes tendances peuvent toutefois être dégagées selon Diversiferm. Historiquement, le secteur laitier a toujours été le secteur où les demandes d’accompagnement, en transformation et vente en circuits courts, étaient les plus nombreuses. Ces producteurs sont essentiellement des producteurs de bovins laitiers avec une transformation de 1 à 3 types de produits. Le beurre est le produit le plus vendu en circuits courts. Viennent ensuite le fromage puis le yaourt. Toutefois, on remarque que cette tendance diminue au profit de la valorisation des céréales. Diversiferm constate qu’il y a de plus en plus de demandes d’accompagnement de moulins et boulangeries artisanaux wallons. Au niveau du secteur maraichage, il y avait auparavant essentiellement des demandes de maraichers pour commercialiser leurs légumes bruts en circuits courts. Aujourd’hui, on constate qu’il y a une demande grandissante pour la commercialisation en circuits courts de produits transformés et donc une volonté d’investir dans du matériel pour réaliser des conserves, faire des légumes de 4ème gamme[4],… Néanmoins, l’investissement en outils de nettoyage et découpe étant plus conséquent, les demandes pour la transformation en légumes de 4ème gamme sont plus rares. Depuis la création fin 2017 de l’association Diversifruits, une sollicitation croissante est observée pour la valorisation et la commercialisation des fruits de vergers haute tige. En ce qui concerne le secteur viande, Diversiferm observe une constante dans les demandes de valorisation de la viande, que ce soit en vente à la ferme ou en vente par colis. Une augmentation des demandes a toutefois été observée depuis le scandale Veviba.

Des nouvelles structures d’accompagnement

Depuis mai 2018, l’asbl Accueil champêtre en Wallonie (ACW) s’est doté d’un observatoire de la diversification dont l’objectif est double : permettre une meilleure analyse des activités de diversification en Wallonie et évaluer les impacts socio-économiques de ces activités. L’idée est de collecter des données globales sur la diversification afin d’établir un cadastre précis des activités mais aussi de rassembler des données socio-économiques sur le terrain pour produire des référentiels par type de diversification. Ces données étant quasi inexistantes à l’heure actuelle, elles sont essentielles pour le secteur. Un producteur souhaitant valoriser et commercialiser ses produits en circuits courts pourra ainsi être mieux guidé selon l’état du secteur dans lequel il se situe.

Cependant, dans les faits, il sera difficile de récolter des données à grande échelle chez tous les agriculteurs en diversification et ce, d’année en année. C’est pourquoi, Accueil Champêtre souhaite développer des partenariats avec les organismes en charge de la comptabilité de gestion des agriculteurs. Cela permettra d’élargir la récolte des données et de l’automatiser au maximum afin de suivre leur évolution dans le temps[5].

Contact :
Accueil Champêtre en Wallonie
Chaussée de Namur, 47
5030 Gembloux
Tél : 081/627 454
E-mail : [email protected]
Site internet : www.accueilchampetre-pro.be

Qui dit vente en circuits courts, dit souvent transformation à la ferme en amont. Afin d’aider les petits producteurs à se conformer à la réglementation en termes d’hygiène, une structure d’accompagnement des petites entreprises « Cellule de vulgarisation et d’accompagnement » a été mise en place au sein de l’AFSCA en mai 2015. Cette cellule propose des solutions d’accompagnements individuels afin de soutenir les producteurs fermiers, les petites entreprises et les indépendants.

Contact :
AFSCA – Cellule de vulgarisation et d’accompagnement
Boulevard du Jardin Botanique 55
1000 BRUXELLES
Tél : 02/211 83 02
E-mail : [email protected]
Site internet : http://www.afsca.be/cva/qui/

Article paru dans Itinéraires BIO 46 en mai 2019
Auteurs: Mélanie Mailleux et Ariane Beaudelot, Biowallonie

[1] RÈGLEMENT  DÉLÉGUÉ  (UE)  N°807/2014  DE  LA  COMMISSION du  11  mars  2014 complétant  le  règlement  (UE)  n°1305/2013  du  Parlement  européen  et  du  Conseil  relatif  au  soutien  au  développement  rural  par  le  Fonds  européen  agricole  pour  le  développement  rural  (Feader)

[2] Etude réalisée en juin 2017 par le bureau d’étude Ipsos auprès d’un échantillon de 2003 Belges

[3] Accueil Champêtre en Wallonie, Dossier de presse, 26 mars 2019

[4] Légumes prêts à l’emploi (lavés, épluchés, coupés et conditionnés sous air ambiant, atmosphère modifiée ou encore sous vide) ; la conservation est assurée entre 0 et 4°C.

[5] Accueil Champêtre en Wallonie, Dossier de presse, 26 mars 2019

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