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Dix astuces pour une conversion en bio réussie

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Une bonne réflexion avant de se lancer en agriculture biologique est la clé de la réussite, quitte à prendre plusieurs années ! Biowallonie vous propose dix recommandations pour passer au mieux le cap du bio et maintenir le bateau (ou plutôt la ferme) à flot (à terre) par la suite.

  1. Nouer de nouveaux contacts et tisser un réseau

Visiter des fermes bio, en Wallonie ou à l’étranger, de spéculation similaire

Des exemples concrets valent toujours mieux qu’un long discours. La Wallonie compte à présent plus de 1.500 fermes bio. Vous avez l’embarras du choix ! Par contre, certaines spéculations de niche n’existent pas ou très peu chez nous ; il est alors intéressant de se former à l’étranger.

Rester attentif à l’évolution et aux évènements du secteur bio

Lire notre magazine Itinéraires BIO[1], consulter notre site internet, répondre présent aux évènements organisés par le secteur bio…

Itinéraires BIO - spécial viande bovine
Itinéraires BIO – spécial viande bovine
  1. Lire attentivement la réglementation bio

La réglementation de l’agriculture biologique est définie au niveau européen depuis 1991 et se compose de deux textes : le CE n°834/2007 et le CE n°889/2008[2]. Vous trouverez sur notre site internet des livrets qui synthétisent et vulgarisent la réglementation. N’hésitez pas à les télécharger et à les garder à portée de main !

Il est essentiel de comprendre que la réglementation ne peut pas évoluer en fonction de votre projet, mais que c’est votre projet qui doit évoluer en fonction de la réglementation.

  1. Se former au bio

Participer à des formations

Tout au long de l’année, Biowallonie et d’autres structures d’encadrement wallonnes organisent des formations techniques, des démonstrations ainsi que des conférences à thème. Retrouvez-les dans l’agenda d’Itinéraires BIO, sur notre site internet ou inscrivez-vous à la newsletter Formations de Biowallonie.

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Expérimenter des méthodes de l’agriculture biologique

Plusieurs possibilités d’expérimentations dans votre ferme :

  • Tester le contrôle des adventices avec des moyens mécaniques ;
  • Utiliser uniquement des fumures conformes aux règles bio, sur quelques prairies ou cultures ;
  • Diminuer la part de concentrés dans la ration des ruminants…

Laissez toujours une zone témoin dans vos parcelles, lorsque vous réalisez ou modifiez une technique. Il sera plus facile d’en discuter avec un conseiller.

  1. Bien réfléchir à ses débouchés dans une filière bio

Avant de se lancer dans une nouvelle production en bio, il est indispensable de réfléchir à vos circuits de commercialisation. Qui va m’acheter ma production et à quel prix ? Ma production va-t-elle être commercialisée dans le circuit bio ? Suis-je dépendant d’un seul client ? Existe-t-il des filières de commercialisation bio en Wallonie pour la production que je souhaite développer ? Que souhaite le consommateur bio ? Est-ce que je souhaite vendre en circuit court ou non ?

Le bio est un marché spécifique, avec ses besoins, ses exigences et ses débouchés propres. Bien qu’il soit en plein développement, il reste un petit marché. Pour maintenir les prix, il est indispensable de ne pas l’inonder avec une production trop importante et de faire correspondre au maximum l’offre et la demande. Veillez à assurer la reprise de votre production dans une filière de commercialisation bio et soyez solidaire quant aux prix bio. Une course à la production est un obstacle à un développement cohérent et durable du secteur.

Soyez vigilant ; certaines filières n’existent pas en bio. Par exemple, il n’existe pas d’engraisseurs pour les bovins allaitants. Pour de meilleurs résultats économiques, vous devez donc penser à engraisser et finir vous-même vos bêtes et trouver une filière prête à vous les acheter en bio.

Les canaux de commercialisation du secteur bio

Il est important de s’informer et de tenir compte des différentes formes de commercialisation existantes. Elles ont toutes leurs exigences propres et certaines sont spécifiques au bio.

La vente directe, utilisée par près d’un agriculteur bio sur deux, peut avoir des formes très variées : vente à la ferme, autocueillette, distributeur automatique, vente sur commande et par Internet, restauration à la ferme, vente sur des marchés, en bordure de routes, vente lors d’évènements (Semaine bio) ou de salons (Valériane). Les groupements d’achats se développent partout en Wallonie et à Bruxelles et sont fréquemment à la recherche de nouveaux producteurs bio et locaux. Les sites de vente en ligne comme LaRucheQuiDitOui, Efarmz ou Topino ont également le vent en poupe. La transformation de votre production est souvent indispensable pour ces canaux.

Des coopératives de producteurs bio existent en Wallonie. Les plus-values sont nombreuses tant sur le plan du partage d’outils de transformation et de commercialisation que sur le plan de la force de négociation et du partage du risque. Biowallonie encourage leur développement et est prêt à soutenir tout nouveau projet.

Pour ce qui concerne les grossistes, certains sont spécifiques au bio tels que Biofresh, Delibio, Ecodis, Ethiquable, Fresho, Interbio… D’autres ont une gamme bio comme Vander Zijpen (qui a repris les activités de BioSain).

Un certain nombre de transformateurs bio wallons souhaiteraient établir des relations durables avec des producteurs bio locaux. Ces partenariats sont gagnants pour les deux parties. Le transformateur accède en direct à un produit de haute qualité et est assuré d’une provenance locale et connue. Le producteur, quant à lui, reçoit un prix plus élevé et surtout plus juste et stable, connaît le devenir de ses produits et n’a pas besoin de se lancer lui-même dans la transformation. Les contacts humains sont généralement très riches entre les deux partenaires.

L’HORECA bruxellois et wallon est de plus en plus souvent à la recherche de produits bio wallons. Le nombre de traiteurs certifiés bio augmente chaque année. De même, tous les ans, une dizaine de cantines de collectivités (crèches, écoles, administrations, entreprises, maisons de repos…) des différentes provinces et de Bruxelles se forment à l’alimentation durable et se mettent à la recherche, suivant certains critères (de prix, de type, de conditionnement), de produits bio et locaux.

Des magasins bio ouvrent partout en Wallonie. Parmi ces magasins, certains ont un concept particulier comme le vrac, le 100 % belge, ou sont coopératifs comme Beescoop et Färm à Bruxelles, Le Chant de la Terre à La Louvière ou Coopéco à Charleroi, où les « consom’acteurs » sont très impliqués.

La grande distribution et les Hard Discount sont également en train d’étendre leur gamme bio.

Penser à la transformation

La transformation répond à une demande grandissante de produits artisanaux et locaux. De plus, cela permet d’augmenter la valeur ajoutée des produits et d’être plus autonome. Elle peut également permettre de maintenir de petites fermes en activité et de créer de l’emploi, par exemple pour un enfant qui souhaiterait revenir à la ferme. Par contre, tous les agriculteurs ne souhaitent pas se lancer dans la transformation. Cela doit être un choix personnel et réfléchi. Cela demande du temps et des compétences spécifiques, ainsi qu’un investissement dans une unité de transformation. L’utilisation d’outils de transformation partagés est une alternative intéressante, mais ils sont encore trop peu nombreux chez nous. Pour que vos produits transformés soient certifiés bio, vous devez vous assurer que toute la matière première soit bio (épices…), quitte à adapter vos recettes, si les produits sont indisponibles ou peu disponibles en bio. Vous devez également rechercher une structure de transformation certifiée bio.

  1. Questionner ses choix techniques

Vos repères techniques vont certainement être remis en cause : baisse des rendements des cultures et des performances animales, révision des techniques de désherbage (mécanique), part plus importante de l’herbe dans le système fourrager…

En ce qui concerne l’élevage, quelques questions utiles à se poser pour :

  • Vos superficies de prairies et de culture : Avez-vous assez de surfaces pour épandre vos effluents d’élevage ? Avez-vous assez de prairies pour faire pâturer vos herbivores ? Est-il possible d’envisager la diminution de votre cheptel pour augmenter votre autonomie fourragère ?
  • Votre bâtiment : Est-il adapté au bio ? Y a-t-il une possibilité de parcours extérieur ?
  • Votre race : Est-elle adaptée au bio et aux conditions de plein air ? Si non, allez-vous croiser vos animaux ? Sur combien d’années ? Allez-vous changer de troupeaux ?

En ce qui concerne les cultures, il faut penser à :

  • Votre rotation : Est-elle suffisamment longue ? Avez-vous des débouchés pour chaque culture ? Qu’allez-vous planter comme interculture ? Êtes-vous prêt à intégrer des cultures, à moins forte valeur ajoutée, pour des raisons agronomiques ? Chez qui allez-vous vous approvisionner en semences et plants bio ?
  • La fumure : Si vous n’avez pas de bétail, comment allez-vous fertiliser vos sols ? Avez-vous réfléchi au type d’engrais vert à installer dans votre rotation ?
  • La protection des cultures : Vos variétés sont-elles adaptées à vos conditions pédoclimatiques ? Quelles techniques utiliser pour maîtriser les adventices ? Face aux maladies et ravageurs que vous rencontrez, connaissez-vous les différentes solutions autorisées en bio et en Wallonie ?

 

  1. Maîtriser son autonomie  

Il est important de réfléchir, dès le début, à maximiser l’autonomie de votre ferme, en ce qui concerne l’alimentation du bétail, le choix des fertilisants, des semences, de l’énergie mais également en matière de finances, pour s’assurer de sa viabilité économique à long terme.

Optimiser la fabrication de l’alimentation pour votre bétail, à la ferme

L’autonomie alimentaire, c’est produire soi-même l’alimentation du bétail, pour ne plus avoir recours (ou le moins pos­sible) aux concentrés et autres aliments du commerce, fourrages y compris.

Les objectifs de l’autonomie alimentaire sont d’obtenir de meilleurs résultats économiques (étant donné le coût élevé de l’aliment bio acheté à l’extérieur), d’être moins dépendant des fournisseurs extérieurs mais également de garantir la traçabilité des produits de la ferme. L’autoproduction apporte aussi plus de cohérence par rapport aux principes de l’agriculture biologique, notamment concernant le lien au sol, la nature et l’origine des aliments et la réduction de l’empreinte écologique de la ferme.

Suivant les surfaces disponibles, l’agriculteur peut produire de l’herbe venant de prairies permanentes ou temporaires, du fourrage et des céréales fourragères. Pour les prairies temporaires, l’idéal est de semer un mélange multivariétal et multiespèce. Pour les cultures fourragères, cultiver en association est plus que conseillé pour la complémentarité du mélange en termes de valeur alimentaire, de résistance aux aléas climatiques. Cela permet un meilleur rendement moyen sur plusieurs années.

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Une gestion de la fertilisation à long terme

En agriculture biologique, on ne cherche pas à nourrir la plante, mais la biocénose du sol, c’est-à-dire l’ensemble des êtres vivants (micro-organismes, plantes, végétaux et animaux) qui coexistent dans cet espace. On favorise ainsi l’activité biologique des sols.

Pour ce qui est de l’autonomie en semences, pensez à stocker une partie de votre récolte pour l’autoproduction de vos semences. Dans ce cas, il faudra veiller aux conditions de stockage (trier, ventiler…), au PMG (Poids de Mille Grains) et au pouvoir germinatif (test de germination).

  1. Réfléchir à ses ressources humaines et financières

Un changement d’organisation

Le passage au bio va avoir une influence sur vos besoins en main-d’œuvre et matériel. Une ferme bio demande plus de main-d’œuvre par hectare qu’une ferme conventionnelle. Le désherbage mécanique en est l’une des causes. De plus, l’achat de matériels spécifiques est souvent indispensable.

Selon la main-d’œuvre disponible et les ressources financières, certains types de production, de transformation ou canaux de commercialisation seront plus à privilégier que d’autres.

Convaincre les personnes impliquées dans l’entreprise

Avant de se lancer en bio, il est important de discuter et de faire participer votre famille et les autres personnes qui travaillent à la ferme (ou qui gravitent autour d’elle) à la démarche de conversion.

  • Commencer par formuler clairement les objectifs et les motivations de chacun
  • Effectuer une analyse détaillée de la situation actuelle de la ferme
    • Forces et faiblesses des différentes activités de la ferme (pour voir quelle activité devrait être développée ou au contraire abandonnée)
    • Adaptations des infrastructures et bâtiments
    • Charge en main-d’œuvre
  • Étudier les mesures et les changements de structures nécessaires à effectuer

Préparer financièrement la période de conversion

Lors de la conversion de votre ferme, vous devez tenir compte du fait que vos produits ne trouveront pas preneur sur le marché bio et devront être écoulés dans les canaux conventionnels (à l’exception des fourrages en deuxième année de conversion C2, qui peuvent être valorisés dans l’alimentation animale). C’est d’ailleurs la raison des aides liées à la conversion. Il est important de bien calculer les rentrées et sorties financières lors de cette période de conversion, car votre ferme doit tenir le choc !

  1. Bien communiquer sur son activité

Attention : ce point est bien souvent oublié par les producteurs. Pourtant, en vente directe, vous êtes le dernier contact avec le consommateur ; c’est donc à vous de l’informer et de bien communiquer.

Et si le consommateur est souvent prêt à mettre de l’énergie et un prix supérieur pour venir jusqu’à vous, il attend de vous des échanges et un partage de vos expériences et vos pratiques.

Tout d’abord, la visibilité sur Internet est aujourd’hui indispensable. Cela peut passer par l’inscription dans des bases de données. Par exemple, si vous faites de la vente directe, n’oubliez pas de vous inscrire sur le site consommateur de l’APAQ-W, www.biodewallonie.be. Il existe également la plateforme lecliclocal pour vendre vos produits à des acheteurs professionnels, essentiellement les collectivités : .

Ensuite, profitez de la publicité gratuite en participant à des campagnes évènementielles telles que la Semaine bio[4], le Printemps sans pesticides, les Journées Fermes ouvertes… Cela vous permettra d’accéder à une visibilité gratuite dans les médias.

Nous vous encourageons également à développer des outils de communication, tels que des dépliants et cartes de visite. Ces outils permettent de laisser une trace auprès du consommateur. Indiquez-y votre offre de produits, vos horaires, vos coordonnées de contact complètes et votre site internet.

D’autres outils de communication peuvent être utiles pour permettre aux clients de trouver votre ferme, tels que les affichages routiers et panneaux urbains. L’APAQ-W propose aux agriculteurs des panneaux « Ici, on produit bio ».

Enfin, ne négligez pas, en vente directe, l’importance de votre accueil. Il est essentiel que les consommateurs ne se perdent pas dans votre ferme. Proposez un fléchage, des écriteaux avec les informations (ouvertures/mode de paiement) et, finalement, soignez la propreté du lieu.

Si vous avez besoin de conseils pour l’un ou l’autre de ces points, ou encore le développement d’un logo ou d’une étiquette, vous pouvez faire appel à Biowallonie, qui se fera un plaisir de mettre ses professionnels à votre service.

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  1. Soutenir le secteur bio, en mangeant bio et local, et sensibiliser les autres autour de soi

Les 1.500 producteurs bio wallons devraient être les premiers ambassadeurs du bio : consommer bio et local chez eux, parler de leur métier à leurs familles, amis, voisins, collègues…

Comme l’a dit André Grevisse, agriculteur bio d’Habay-la-Vieille, dans sa réflexion impertinente parue dans l’Itinéraires BIO n°33 : « Imaginez la chance d’un chef d’entreprise qui aurait à sa disposition 1.500 délégués commerciaux extrêmement compétents, répartis sur tout le territoire wallon, cela laisse rêveur… C’est pourtant là que se trouve la clé de notre réussite. »

  1. Adhérer à la philosophie bio

Le bio a actuellement une image positive auprès des consommateurs belges. Celle-ci doit être défendue et conservée, en produisant des produits de haute qualité et en respectant la réglementation bio et l’éthique du secteur bio !

Les quatre principes du bio

  • Santé: L’agriculture biologique devrait soutenir et améliorer la santé des sols, des plantes, des animaux, des hommes et de la planète, comme étant une et indivisible.
  • Écologie: L’agriculture biologique devrait être basée sur les cycles et les systèmes écologiques vivants, s’accorder avec eux, les imiter et les aider à se maintenir.
  • Équité: L’agriculture biologique devrait se construire sur des relations qui assurent l’équité par rapport à l’environnement commun et aux opportunités de la vie.
  • Précaution: L’agriculture biologique devrait être conduite de manière prudente et responsable, afin de protéger la santé et le bien-être des générations actuelles et futures ainsi que l’environnement.

 

Plus d’informations, contactez l’équipe de Biowallonie :
081/281.010 – [email protected]

 

[1] Vous pouvez vous abonner à notre magazine (25 € par an) ou le télécharger gratuitement sur notre site internet. Les opérateurs bio, wallons et bruxellois, le reçoivent gratuitement tous les deux mois dans leur boîte aux lettres.

[2] Le règlement CE n°834/2007 (aussi appelé « texte cadre ») comprend les objectifs, les principes et les règles générales de l’agriculture biologique. Le règlement CE n°889/2008 (aussi appelé « règlement d’application principal ») comprend les règles détaillées de production et de transformation.

[3] Vous cliquez sur « Où trouvez vos produits bio ? » et dans le menu déroulant, vous sélectionnez : « Inscription filière bio ». Autre solution, vous contactez Delphine Dufranne, en charge de la Cellule bio, à l’adresse [email protected]

[4] www.semainebio.be