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Yeo Valley Farms : travailler avec la beauté et la puissance de la nature

Yeo Valley Farms : travailler avec la beauté et la puissance de la nature

Yeo Valley Farms : travailler avec la beauté et la puissance de la nature

[Extrait de Concevoir, pourquoi la beauté et le design sont les clés de la réussite, d’Alan Moore]

Vient un moment dans la vie d’une entreprise où l’on se retrouve face à un défi inattendu et inopportun. Ce défi s’avère perturbant, capital, complexe et sans solution facile.

Voici comment Tim Mead, directeur général de Yeo Valley Farms, a trouvé une magnifique réponse à une question déplaisante et malgré tout fondamentale : comment ma ferme familiale peut-elle rester compétitive ?

Tout défi est une question de design

Mead a abordé ce problème en le considérant sous l’angle du design. Il s’est demandé : « Si notre ferme fonctionne au sein d’une économie qui nous fait du mal, comment changer cela ? Comment rester compétitif et trouver la meilleure solution possible ? »

La réponse a consisté à se convertir au bio et à réduire l’impact des facteurs externes variables sur lesquels il ne pouvait agir, à savoir le cours du pétrole. Mead a dû réfléchir aux moyens de contourner cette variabilité pour ne plus dépendre des humeurs capricieuses des grandes chaînes de supermarchés, de la fluctuation du prix du baril et de son impact sur les dépenses quotidiennes de fonctionnement d’une ferme, depuis l’essence jusqu’aux engrais.

Une partie du challenge portait donc sur l’indépendance : comment devenir maître de son destin ?

Inventer le récit d’un avenir meilleur

Rationnel, Mead a choisi de passer au bio pour des raisons avant tout économiques. Pourtant, il y a 25 ans, quand il a entrepris cette conversion, le bio était considéré comme peu orthodoxe, voire hérétique. Des fermes biologiques à grande échelle ? D’un point de vue structurel, la démarche était audacieuse et il fallait une conviction à toute épreuve et un mental d’acier pour ne pas se laisser influencer par la pensée alors en vigueur.

En adaptant sa ferme aux besoins du marché de manière plus évolutive et durable, Mead a su anticiper un modèle pertinent à une époque où l’idéologie était de gérer les fermes comme des machines industrielles. Lui souhaitait plutôt l’avenir le plus pérenne possible pour sa ferme. Yeo Valley a donc encouragé davantage de fermiers de la région à se convertir au bio et à créer une coopérative, avec une garantie d’achat de leur production pour répondre à la demande croissante.

Qualité du produit et augmentation de la demande

Gérer une grande ferme biologique nécessite parfois de se creuser un peu la cervelle, mais Yeo Valley produit désormais le meilleur lait de tout le Royaume-Uni. Mead a réduit le coût de sa consommation et augmenté la qualité et la quantité de sa production. Il a su créer une demande plus forte pour un produit de qualité supérieure.

La beauté de l’élevage biologique

Pour tirer le meilleur de la nature, il faut la respecter. Pour ce faire, il est nécessaire de comprendre l’équilibre délicat consistant à obtenir le meilleur rendement de ses vaches laitières tout en prenant soin de la terre qui procure leur alimentation. « À trop surmener la nature, elle se venge », dit Mead.

Il affirme que les vaches produisent mieux – de plus grandes quantités de lait de meilleure qualité – sous certaines conditions. Chez lui, les vaches ont de l’espace où déambuler, et leur alimentation est constituée de fourrage riche en trèfle, cultivé sans engrais chimiques ni pesticides. Les espèces sauvages s’y épanouissent, et la conservation du territoire inclut la reconstruction de murets en pierres sèches et le remplacement des haies. Afin de réduire la pollution, les camions qui transportent les yaourts Yeo Valley sont à double étage.

« Tout fermier qui se respecte comprend l’équilibre entre animaux et nature, récoltes et rotations, et je pense que la plupart des fermiers possèdent un sens inné de ce qu’il est bon de faire », dit-il encore. Chez Yeo Valley, le soin apporté à la terre et aux animaux est une préoccupation de premier ordre.

Un modèle économique coopératif

La ferme et l’entreprise ne peuvent fonctionner sans personne. Les gens sont donc importants en tant que communauté de travail, d’autant plus qu’ils fonctionnent selon un mode coopératif.

« Lorsque les éleveurs bio cherchaient à vendre leur lait, nous les avons encouragés à s’unir et leur avons promis d’acheter leur lait pendant un temps », explique Mead. D’habitude, les industriels n’aiment pas que les fermiers se rassemblent, car ils redoutent la force donne ce genre de collaborations. Or, Mead a poussé ces éleveurs laitiers à monter leur propre coopérative en leur garantissant un marché. Yeo Valley Organic continue aujourd’hui d’acheter le lait d’une centaine de producteurs laitiers bio dans le sud-ouest de l’Angleterre afin de compléter sa propre production sur site.

Pour Tim Mead, c’est simplement la façon la plus pertinente de gérer son entreprise. « Si les choses ne sont pas équilibrées ou viables, alors elles ne vont pas durer longtemps » indique-t-il. « Je crois que la plupart des fermiers ont conscience qu’ils doivent prendre soin de la terre et de ce qu’ils produisent, et je crois que la plupart d’entre eux trouvent cela difficile financièrement. » Il souligne que dans l’élevage, ce 50 dernières années, le retour sur capitaux est de 1,5 à 2% en moyenne ; cette rentabilité basse étant due, selon lui, à un marché faussé.

Une approche basée sur des valeurs

Mead croit aux valeurs : « Grand n’est pas toujours synonyme de beau, et les multinationales ne sont pas forcément la solution. Si vous faites les choses dans le simple but lucratif, qui servez-vous ? Les actionnaires ou ceux qui achètent vos produits ? » Yeo Valley impose un cadre éthique et une approche de la pratique commerciale fondée sur des valeurs en se posant la question « Ce que nous créons œuvre-t-il au bien collectif ? »

La pensée à court terme rend vulnérable

A contrario, Tim Mead considère que les sociétés agricoles entièrement dépendantes d’une économie pétrolière s’avèrent précaires et exposées aux instabilités du marché. Selon lui, son opération – même si l’élevage bio présente des défis bien spécifiques – est bien plus durable et économiquement viable. Rien n’est gaspillé. C’est également une histoire d’équilibre très ténu entre aujourd’hui, demain et dans dix ans, mais ce casse-tête constant pousse Yeo Valley à investir sans relâche dans son avenir en étudiant l’écosystème dans son ensemble. Il investit ainsi dans la qualité des sols, de son cheptel, de ses outils de production et de ses employés. Aucune entité ne peut être séparée des autres.

Les points forts de Yeo Valley
1. Voir plus et plus loin

Tim Mead savait qu’il lui fallait réfléchir à l’avenir à long terme de son entreprise. Il a ainsi pris le temps de comprendre les facteurs connexes et sous-jacents qui minaient Yeo Valley financièrement, en considérant le problème dans son ensemble, puis sous l’angle du design. « Que dois-je faire pour créer la meilleure solution possible pour mon entreprise ? »

2. Adaptabilité

Mead a donc pris du recul pour élaborer un plan d’évolution et comprendre ce qui pouvait fonctionner et pourquoi. De là, il a pu prendre des décisions et explorer d’autres manières de raconter Yeo Valley, ce qu’il fait encore aujourd’hui. « Chez Yeo Valley, nous avons ce que nous appelons le Plan A », explique-t-il. « A comme Again [De nouveau] : à chaque nouveau virage, survient quelque chose d’inattendu et il faut tout recommencer de nouveau, si bien que le plan change chaque jour. »

3. La volonté d’ouverture

Yeo Valley a développé un chiffre d’affaires florissant en travaillant dans le respect de la diversité de la nature. La ferme partage ouvertement ses connaissances sur l’élevage bio et la mise en place d’un modèle évolutif.

4. La puissance de la communauté

Yeo Valley collabore étroitement avec la communauté locale : les gens et les lieux sont essentiels. Yeo Valley opère également un gros travail d’éducation en accueillant enfants et adultes sur ses terres pour partager connaissances, méthodes de travail et philosophie. Son modèle coopératif d’achat de lait bio s’est révélé redoutablement efficace.

5. Du travail bien fait

Aujourd’hui, Yeo Valley est une entreprise adorée de ses clients, récompensée de nombreuses distinctions pour la qualité de ses produits et son innovation, ainsi que d’un Queen’s Award for Enterprise en 2001 pour sa façon révolutionnaire de travailler avec ses fournisseurs, en les encourageant à passer au bio et en signant avec eux des contrats équitables et à long terme. En 2006, la société s’est vue décerner un autre Queen’s Award for Enterprise dans la catégorie Développement durable pour son approche du management et son soutien constant à l’agriculture biologique anglaise.

6. Une beauté durable

Yeo Valley est passé d’une petite ferme en faillite à une entreprise avec des rêves d’avenir et l’Utopie en ligne de mire. La société a eu le courage de transformer la fiction en réalité, en comprenant que le temps est relié à la terre. Ainsi, Yeo Valley offre des produits sains et s’avère durablement rentable. Ses méthodes d’élevage tiennent de la bonne conception et de l’artisanat : tout y est accompli à la perfection.

 

[Extrait de Concevoir, pourquoi la beauté et le design sont les clés de la réussite, d’Alan Moore. Éditions Pyramid, 2016, pp. 93-99]
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